La guêpe parasite, nouveau « rat » de laboratoire

guepe parasiteBien souvent à peine plus grosses qu’une puce, elles passent inaperçues au milieu de l’incroyable diversité du monde des insectes. Pourtant, les guêpes parasites constituent un groupe très important -50.000 à 60.000 espèces ont été répertoriées et ce n’est qu’un début- et jouent un rôle crucial de contrôle sur d’autres insectes qui ravagent des cultures. D’où les efforts déployés par 157 chercheurs, appartenant à 70 laboratoires ou institutions (le Nasonia Genome Working Group), pour séquencer le génome de Nasonia vitripennis et de deux autres espèces proches.

D’après l’estimation du Département américain de l’agriculture (USDA), les guêpes parasites font économiser chaque année 20 milliards de dollars (13,7 milliards d’euros) aux États-Unis en luttant naturellement contre des espèces envahissantes. De fait, ces guêpes pondent leurs œufs dans les larves, les chrysalides ou sur les œufs d’autres insectes (papillons, mouches, etc..). Les propres larves de la guêpe s’y développent, se nourrissant de leur hôte jusqu’à n’en laisser que quelques miettes…

Connaître en détail les gènes de ces guêpes pourrait permettre de mieux s’en servir comme agent de contrôle dans l’agriculture. En Afrique, l’introduction d’une guêpe sud-américaine a permis d’enrayer la destruction des cultures de manioc par un ravageur, une cochenille arrivée dans les années 70. Pour que l’action soit efficace, il faut cibler la bonne espèce de guêpe, sachant qu’elles sont très spécialisées. Manipuler leurs gènes pourrait faciliter l’usage de ces hyménoptères pour l’agriculture.

Mais Nasonia et ses congénères sont également promises à une belle carrière en laboratoire, s’ajoutant à la liste des organismes modèles comme la levure, la mouche drosophile, le nématode, le rat, etc..

Les larves de guêpes dans une chrysalide, coupée avant qu’il n’en reste plus rien… (Michael Clark, University of Rochester)

Premier avantage: les mâles se développent à partir d’œufs non fécondés. Ils ne possèdent donc qu’une seule copie de leurs chromosomes (contre deux pour les femelles). Cela facilite les manipulations et les études des chercheurs sur les fonctions des gènes ou leurs interactions.

Second avantage: Nosonia possède un outil pour modifier son ADN que n’a pas la drosophile mais que possèdent les humains, révèlent John Werren et ses collègues du Nasonia Genome Working Group. Il s’agit de la méthylation de l’ADN, un mécanisme qui permet d’inactiver un gène et qui se transmet aux générations suivantes.

L’étude des trois génomes a déjà livré des informations intéressantes sur le venin utilisé par ces guêpes pour agir sur les réactions de leurs hôtes. 79 protéines ont été découvertes, dont la moitié n’avait jamais été rencontrée dans un venin et dont 23 étaient inconnues. Ces protéines, qui modifient le comportement de l’hôte, pourraient intéresser la recherche pharmaceutique, estiment les auteurs.

La comparaison des trois génomes de guêpes révèle par ailleurs un taux d’évolution très rapide de l’ADN mitochondrial (les gènes des mitochondries, petite organite de la cellule). Beaucoup plus rapide que pour la drosophile par exemple, ce taux pourrait expliquer pourquoi il y a tant d’espèces de guêpes parasites qui se ressemblent et que seule une analyse moléculaire permet de distinguer.

source : Cécile Dumas de Sciences-et-Avenir.com

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