La vigne attire plusieurs insectes qui s’attaquent aux racines, aux feuilles ou aux raisins et provoquent des pertes importantes. Certains ravageurs historiques comme le phylloxéra ont failli détruire l’ensemble du vignoble européen au XIXe siècle, tandis que d’autres, plus récents, progressent avec le changement climatique. Identifier les dix espèces les plus nuisibles permet de surveiller les parcelles, de repérer les premiers signes et de limiter les dégâts avant qu’ils ne deviennent irréversibles.
1. Le phylloxéra
Le phylloxéra (Daktulosphaira vitifoliae) reste le ravageur le plus célèbre. Cet insecte piqueur-suceur s’installe sur les racines des vignes européennes et forme des nodosités puis des tubérosités qui empêchent l’absorption d’eau et de nutriments. Les feuilles peuvent aussi présenter des galles. Une infestation massive affaiblit la plante jusqu’à la mort en quelques années. Seul l’usage de porte-greffes résistants a permis de sauver la viticulture mondiale.
2. L’eudémis
L’eudémis (Lobesia botrana) est une tordeuse dont les chenilles percent les boutons floraux puis les baies. Trois générations par an sont fréquentes dans le sud de la France. Les perforations laissent s’écouler du jus qui favorise la pourriture grise et les moisissures secondaires. Les pertes peuvent atteindre 30 à 50 % de la récolte en cas de forte pression.
3. La cochylis
La cochylis (Eupoecilia ambiguella) ressemble beaucoup à l’eudémis mais se distingue par sa première génération qui attaque surtout les inflorescences. Les chenilles tissent des petits cocons entre les grains et provoquent les mêmes écoulements sucrés que l’eudémis. Elle est particulièrement active dans les régions plus fraîches du nord et de l’est.
4. La cicadelle de la flavescence dorée
La cicadelle de la flavescence dorée (Scaphoideus titanus) est le vecteur principal d’un phytoplasme mortel. Les adultes et larves piquent les feuilles et transmettent la maladie qui fait jaunir les ceps et mourir la plante en deux à trois ans. La lutte est réglementée : arrachage obligatoire des vignes contaminées et traitements insecticides ciblés.
5. La cicadelle verte
La cicadelle verte (Empoasca vitis) provoque des grillures caractéristiques sur le bord des feuilles. Les piqûres injectent une toxine qui bloque la circulation de la sève. Les feuilles rougissent ou jaunissent, la photosynthèse chute et le raisin mûrit mal. Elle est très présente dans les vignobles du sud-ouest.
6. La pyrale de la vigne
La pyrale de la vigne (Sparganothis pilleriana) est une tordeuse dont les chenilles roulent les feuilles et se nourrissent du parenchyme. Elle apparaît surtout au printemps et peut défoliérer partiellement les jeunes pousses. Moins spectaculaire que l’eudémis, elle affaiblit néanmoins la vigne et favorise les attaques secondaires.
7. La drosophile suzukii
La drosophile suzukii pond dans les baies encore saines grâce à sa tarière dentelée. Les larves se développent à l’intérieur et déclenchent une pourriture acide rapide. Bien que les dégâts restent ponctuels en vigne, ils augmentent avec les étés chauds et humides et compliquent la récolte mécanique.
8. Le scarabée japonais
Le scarabée japonais (Popillia japonica), arrivé récemment en Europe, squelettise les feuilles en quelques jours. Les adultes se regroupent par centaines et peuvent réduire la surface foliaire de 30 % en une dizaine de jours. Les larves s’attaquent aussi aux racines des graminées voisines des vignes.
9. Le gribouri ou écrivain
Le gribouri (Bromius obscurus) est un coléoptère dont les adultes et larves rongent les feuilles en laissant des encoches caractéristiques. Les dégâts sont surtout visibles sur les jeunes vignes et les pépinières.
10. Le vespère de la vigne
Le vespère de la vigne (Vesperus xatarti) est un coléoptère dont les larves coupent les racines fines et les maillots. Les vignes dépérissent par plaques, surtout sur sol léger et chaud.
Signes d’infestation à surveiller
- Feuilles enroulées ou grillées
- Baies percées avec écoulement de jus
- Jaunissement ou rougeur anormale du feuillage
- Présence de chenilles ou d’adultes sur les grappes
- Faible pousse ou dépérissement des ceps
Comparaison des dégâts et périodes critiques
| Insecte | Partie attaquée | Période principale |
|---|---|---|
| Phylloxéra | Racines et feuilles | Toute l’année |
| Eudémis / Cochylis | Fleurs et baies | Avril à septembre |
| Cicadelles | Feuilles (et maladie) | Juin à septembre |
| Drosophile suzukii | Baies mûres | Août à octobre |
| Scarabée japonais | Feuilles | Juillet à septembre |
Stratégies de protection efficaces
La surveillance régulière avec des pièges sexuels ou alimentaires reste la base. La confusion sexuelle fonctionne très bien contre eudémis et cochylis. Les traitements insecticides sont réservés aux seuils critiques et préférentiellement biologiques (Bacillus thuringiensis, pyréthres naturels). L’arrachage et le choix de porte-greffes résistant au phylloxéra ont prouvé leur efficacité depuis plus d’un siècle. Enfin, maintenir un bon équilibre biologique avec des haies, des bandes fleuries et une taille raisonnée limite l’installation de ces ravageurs.
Connaître ces dix insectes et agir vite permet de préserver le rendement et la qualité du raisin année après année.
